Le vieux male et le jeune daguet
ont laissé les biches aux pâturages nouméens pour une escapade entre hommes Un
long ruban de bitume se déroule devant ma fidèle mais vieille voiture à la
climatisation hors service.
La chaleur est accablante et nous contraint à nous
arrêter dans chaque village pour nous abreuver de boissons fraîches. Le dernier
village, Koumac, rendu célèbre par Patrick TIMSIT n’a pas usurpé sa
célébrité: « Koumac : 35° à l’ombre… il n’y a pas d’ombre…les
moustiques ; il ne piquent pas, ils t’empalent ».
Un arrêt humide à
la rivière fridoline du village minier Chagrin nous revigorera un court
instant. La piste est maintenant notre purgatoire avant d’arriver au paradis.
Les chevaux sauvages nous regardent passer avant de se fondre dans les niaoulis.
Le secret de ce genre de périple
consiste en une organisation sans faille. Le
véhicule est organisé par et pour des pêcheurs dont la méticulosité n’a
égal que le goût prononcé pour l’ordre de la gent masculine.
Un autre secret pour réussir
consiste en des repas équilibrés avant une bonne nuit de sommeil dans les
fumerolles des anti moustiques.
La mer est d’huile ce matin au
point que l’horizon a disparu, mer et ciel se confondant, laissant flotter les
îlots dans une apesanteur irréelle.
Le flat nous régale d’une
transparence jamais égalée ; un groupe de raie accompagné d’un petit bone
nous accueille immédiatement.
Mon fils repèrera immédiatement ces ombres si
convoitées mais tellement furtives. C’est déjà une victoire en soit de repérer
les fantômes des flats. Le courant est bien établi ne facilite pas la
présentation mais les conditions de la pêche à vue sont idéales. Un school de
quelques individus se nourrissent, avançant par le travers. « Ils sont
pour toi, fils ». Le jeune pêcheur est maintenant attelé à une torpille argentée.
Maintes fois, je lui ai raconté le combat d’un gros bone. Il m’a également
secondé dans ce genre d’épreuve. C’est maintenant lui qui est sur ring de cette
nature généreuse, canne à la main, avec 150 mètres de backing
dehors. Et le combat dure….dure….dure……

Ils ne lâcheront rien. Les
conseils ne sont plus utiles, les contres sont devenus réflexes. Et le poisson
se rapproche.
Le jeune pêcheur peut maintenant exprimer joie et fierté en
réanimant son compagnon argenté.
Selon notre formule familiale consacrée pour
ce genre de prise, il est énooooorme. Les 76 centimètres de
son premier bonefish nous vissent le même sourire partagé comme si nous étions
un matin de Noël, au pied du sapin.
Le bonefish repartira pour
raconter à ses congénères les aventures d’une rencontre avec un petit d’homme
devenu grand.
Un bonefisherman est né dans la continuité de son évolution.
Il mérite bien de rejoindre son
père et d’autres (David dit le grand, Patrice dit le mataf, JFQ, Gérard le
peintre….) au mur des « célébrités » derrière le bar du gite.
Son père fera bien des arabesques
sans résultats mais le sourire aux
lèvres du devoir accompli du savoir transmis et de la joie partagée entre père
et fils.
Le reste de ce séjour sera
ponctuée de bien autres aventures. Un bonefish se décrochera à portée de soie.
Les cabanes de pêcheurs alterneront
avec les cases le long de la plage.

Une autre piste nous mènera vers
nos amis broussards.
D’autres cannes seront pliées par
d’autres compagnons.
Le trou d’eau verra de drôles de
poissons.
Mais, ceci est une autre histoire
que celle du bonefisherman suivant les traces de son père pour quelques temps
encore.
La
diversité des espèces et les immensités maritimes permettent de découvrir
des terrains de jeux sans limites. Ainsi, au-delà du défi du gros poisson de la
patate de corail que tout le monde connait mais que personne ne géolocalise
publiquement (équivalent de la grosse du pont) et qui permettra d'aérer son
backing, il est tout aussi intéressant de tenter de nouvelles espèces par
challenge pour la difficulté de les leurrer ou pour capturer de nouveaux
pixels.
La
Nouvelle-Calédonie:
Les
lagons de Nouvelle-Calédonie couvrent une superficie de 40 000 km². La barrière
récifale présente un linéaire d’environ 1600 km, la classant comme la 1ère plus longue
barrière continue et la 2ème plus grande barrière au monde (après l'Australie).
Cette biodiversité est à mettre au compte non seulement de cette richesse en
habitats divers concentrés sur une superficie relativement faible, mais aussi
au fait que la
Nouvelle-Calédonie est dans une région biogéographique
intrinsèquement riche. La richesse spécifique est maximale sur la pente externe
du récif barrière où elle peut atteindre 580 espèces à l’hectare. A titre de
comparaison, il y a plus d’espèces marines sur une bande de 20 x 10 km d’un lagon de Nouvelle
Calédonie qu’il n’y en a sur l’ensemble de la Méditerranée. ll existe 2 500 espèces connues de poissons en Nouvelle Calédonie, dont plus de
1600 se rencontrent dans la tranche de profondeur 0-100m*. A partir de cette
donnée brute, on peut estimer les poissons pêchables (l’adage « si ça
nage, on peut le pêcher à la mouche » est difficilement applicable pour
les poissons de grands fonds ou trop petits pour les hameçons existant) qu’il reste quelques centaines d’espèces pêchables. Force est de
constater que la liste des poissons leurrés qui suit est très incomplète…et
c’est tant mieux.
Les
carangues and co: de fières combattantes
Nom usuel en Nouvelle Calédonie :
baoum, grosse tête, GT
Habitat : partout où il y open bar
Facilité à leurrer : souvent
délicatesse d’un éléphant
Combativité : d’un semi-remorque
Nom usuel en Nouvelle Calédonie :
carangue rayée
Habitat : sable
Facilité à leurrer : si ça gratte
le fond
Combativité : d’un tracteur
Nom usuel en Nouvelle Calédonie :
carangue à gouttes d’or
Habitat : sable
Facilité à leurrer : c’est une
carangue
Combativité : d’un 4x4
Nom usuel en Nouvelle Calédonie :
carangue (commune)
Habitat : partout
Facilité à leurrer : saute sur
tout ce qui bouge
Combativité : jamais déçu
Nom usuel en Nouvelle Calédonie :
pompano
Habitat : sable
Facilité à leurrer : à
table !
Combativité : en rapport avec la
taille
Nom usuel en Nouvelle Calédonie :
queenfish, carangue leurre, chevalier
Habitat : bleu
Facilité à leurrer : du moment que
ça brille
Combativité : poisson sauteur
Les
luttjans et autres perches : souvent en bandes
Nom usuel en Nouvelle Calédonie :
bossu doré
Habitat : corail
Facilité à leurrer : trop facile
Combativité : à brider
Nom usuel en Nouvelle Calédonie :
bossu d’herbe
Habitat : on a dit d’herbe
Facilité à leurrer : ni salade
Combativité : ni piment
Nom usuel en Nouvelle Calédonie :
dorade
Habitat : caillou dit HLM à dorades
Facilité à leurrer : mordrait une
claquette
Combativité : se bat comme une
claquette
Nom usuel en Nouvelle Calédonie :
vieille de palétuviers
Habitat : c’est comme le port
salut, c’est marqué dessus
Facilité à leurrer : les vieilles
ont de l’expérience
Combativité : combatives, c’est
comme ça qu’elle devienne vieilles
Les
loches : les yeux plus gros que le ventre
Nom usuel en Nouvelle Calédonie :
saumonée
Habitat : caillou
Facilité à leurrer : seule
difficulté, trouver le caillou
Combativité : brider pour éviter
le retour dans le caillou
Nom usuel en Nouvelle Calédonie :
loche miel
Habitat : plateau
Facilité à leurrer : sur un
plateau
Combativité : pour apprendre
Nom usuel en Nouvelle Calédonie :
loche bleue
Habitat : récif
Facilité à leurrer : pas si
courant mais c’est une loche
Combativité : musclé au début
Les
labres : c’est l’aquarium
Nom usuel en Nouvelle Calédonie :
labre à voiles
Habitat : corail
Facilité à leurrer : gourmand
Combativité : belle couleur
Nom usuel en Nouvelle
Calédonie :labre (bleu ?)
Habitat : corail
Facilité à leurrer : très gourmand
Combativité : belle couleur
Nom usuel en Nouvelle Calédonie :
labre – perroquet banane
Habitat : corail
Facilité à leurrer : regarder ses
dents
Combativité : belle couleur
Nom usuel en Nouvelle Calédonie :
labre à long nez
Habitat : corail
Facilité à leurrer : pas
d’hésitation
Combativité : belle couleur
Nom usuel en Nouvelle Calédonie :
girelle
Habitat : corail
Facilité à leurrer : regarder la
taille du leurre
Combativité : joli poisson
Nom usuel en Nouvelle Calédonie :
napoléon
Habitat : son caillou
Facilité à leurrer : il faut
d’abord trouver son caillou
Combativité : impériale
(Austerlitz plutôt que Waterloo)
Le
bonefish : un champion
Nom usuel en Nouvelle Calédonie :
bonefish, yu, tapara
Habitat : flats
Facilité à leurrer : D’abord le
voir….on l’appelle le fantôme des flats puis il faut lancer précisément contre vents et
marées….puis il faut qu’il voit la mouche…..et qu’il souhaite la prendre. Difficulté
sur une échelle de 1 à 10 : 19
Combativité : pour la vitesse,
c’est un léopard, pour la force, le lion, pour la reprise, une jaguar
Tous
les autres
Nom usuel en Nouvelle Calédonie :
poisson lézard
Habitat : sable
Facilité à leurrer : regarder la
taille de la mouche
Combativité : regarder la taille
du poisson
Nom usuel en Nouvelle Calédonie :
lune
Habitat : mer de la tranquillité
Facilité à leurrer : lunatique
Combativité : lunaire
Nom usuel en Nouvelle Calédonie :
poisson flûte
Habitat : sol
Facilité à leurrer : fa si la
jouer
Combativité : pipeau. marche arrière toute.
Nom usuel en Nouvelle Calédonie :
raie léopard
Habitat : sable
Facilité à leurrer : se fait
souvent attraper par une aile
Combativité : prend son envol
Nom usuel en Nouvelle Calédonie :
aiguillette crocodile
Habitat : surface
Facilité à leurrer : facile à
toucher, difficile à piquer
Combativité : combat avec sa queue et éraille les bas de ligne
Nom usuel en Nouvelle Calédonie :
aiguillette demi bec
Habitat : surface
Facilité à leurrer : trop petite
la lèvre supérieure
Combativité : moitié moins que
l’autre aiguillette
Nom usuel en Nouvelle Calédonie :
bonite dos rayé
Habitat : bleu lagon
Facilité à leurrer : la volatilité
des chasses rend fous les pêcheurs
Combativité : c’est un
thonidé : rush, sonde, fait le manège et parfois le ménage
Nom usuel en Nouvelle Calédonie :
élops
Habitat : surface
Facilité à leurrer : à géométrie
variable
Combativité : plus souvent en
l’air que dans l’eau, c’est un cousin du tarpon
Nom usuel en Nouvelle Calédonie :
brème
Habitat : sable
Facilité à leurrer : têtue
Combativité : têtue
Nom usuel en Nouvelle Calédonie :
sole
Habitat : sol
Facilité à leurrer : prise fortuite,
la pêche à vue, mon oeil
Combativité : plate
Nom usuel en Nouvelle Calédonie :
rémora
Habitat : se colle à un hôte
(tortue, dugong, baleine)
Facilité à leurrer : taper sur
l’hôte
Combativité : plus facile à
combattre qu’a décoller
Nom usuel en Nouvelle Calédonie :
balabio
Habitat : sable
Facilité à leurrer : s’attrape par
deux ou trois
Combativité : surprenante pour sa
taille
Nom usuel en Nouvelle Calédonie :
picot
Habitat : plateau
Facilité à leurrer : impossible
(seul cas connu à la mouche)
Combativité : piquante
Nom usuel en Nouvelle Calédonie :
poisson pierre
Habitat : pierres
Facilité à leurrer : passer la
mouche à 2cms des pierres
Combativité : d’une pierre
Nom usuel en Nouvelle Calédonie : baliste
picasso
Habitat : atelier
Facilité à leurrer : facile avec
une muse
Combativité : haute en couleur
Certains attrapés à la mouche ou avec
d’autres techniques n’apparaissent pas : carangue échevelée, bleu, bec de
cane, malabar, mékoua, communard, rouget, barbillon, loche hirondelle,
crasseuse, tazar, maï-maï ; baraccuda, bécune, thon jaune, requin, raie de
sable……. D’autres reste encore à leurrer :permit, tarpon pacifique,
poisson-clown, perroquet…. C’est dire le champ des possibilités et des
territoires à explorer.
Si jamais par malheur ou par chance,
allez savoir, il était fait le tour des poissons calédoniens ; il faudrait
se tourner vers d’autres contrées. Par exemple, en Australie, le kahawai, le
baramundi ou le flathead nous réserveraient encore bien des surprises….
Et il reste bien des océans et des mers
à découvrir au fil de vos soies.
* source ifrecor.nc